L'Alchimiste_(Coelho,Paulo)

Les choses simples sont les plus extraordinaires, et seuls les savants parviennent à les voir.

— Les gens apprennent très tôt leur raison de vivre, dit le vieillard avec, dans les yeux, une certaine amertume. C’est peut-être pour cette raison même qu’ils renoncent aussi très tôt. Mais, ainsi va le monde.

La certitude lui vint que, si elle ne le revoyait pas, le surlendemain, la jeune fille n’y prendrait même pas garde : pour elle, tous les jours étaient semblables, et quand tous les jours sont ainsi semblables les uns aux autres, c’est que les gens ont cessé de s’apercevoir des bonnes choses qui se présentent dans leur vie tant que le soleil traverse le ciel.

Et pourtant, les brebis avaient enseigné une chose autrement importante : qu’il y avait dans le monde un langage qui était compris de tous, et que lui-même avait employé pendant tout ce temps pour faire progresser la boutique. C’était le langage de l’enthousiasme, des choses que l’on fait avec amour, avec passion, en vue d’un résultat que l’on souhaite obtenir ou en quoi l’on croit.

« Lorsque tu veux vraiment une chose, tout l’univers conspire à te permettre de réaliser ton désir »,

Mais il comprenait maintenant une chose importante : que les décisions représentaient seulement le commencement de quelque chose. Quand quelqu’un prenait une décision, il se plongeait en fait dans un courant impétueux qui l’emportait vers une destination qu’il n’avait jamais entrevue, même en rêve, au moment où il avait pris cette décision.

Le jeune homme se souvint alors du Marchand de Cristaux. Celui-ci avait dit que ç’avait été une bonne chose que de nettoyer ses vases de cristal, car ainsi tous deux se trouvaient également libérés des mauvaises pensées.

Alors, un beau jour, ils s’apercevaient que la purification des métaux, en fin de compte, les avaient purifiés eux-mêmes. Le jeune homme se souvint alors du Marchand de Cristaux. Celui-ci avait dit que ç’avait été une bonne chose que de nettoyer ses vases de cristal, car ainsi tous deux se trouvaient également libérés des mauvaises pensées.

Pourtant, le chamelier ne semblait pas s’émouvoir outre mesure de la menace de guerre. — Je suis vivant, dit-il au jeune homme, tout en mangeant une poignée de dattes, dans la nuit sans lune et sans feux de camp. Et pendant que je mange, je ne fais rien d’autre que manger. Quand je marcherai, je marcherai, c’est tout. Et s’il faut un jour me battre, n’importe quel jour en vaut un autre pour mourir. Parce que je ne vis ni dans mon passé ni dans mon avenir. Je n’ai que le présent, et c’est lui seul qui m’intéresse. Si tu peux demeurer toujours dans le présent, alors tu seras un homme heureux. Tu comprendras que dans le désert il y a de la vie, que le ciel a des étoiles, et que les guerriers se battent parce que c’est là quelque chose d’inhérent à la vie humaine. La vie alors sera une fête, un grand festival, parce qu’elle est toujours le moment que nous sommes en train de vivre, et cela seulement.

Le jeune homme, pour sa part, songeait à son trésor. Plus il se rapprochait de son rêve, plus les choses devenaient difficiles. Ce que le vieux roi avait appelé « la chance du débutant » ne se manifestait plus. C’était maintenant, il le savait, l’épreuve de l’obstination et du courage pour qui est à la recherche de sa Légende Personnelle. Aussi ne devait-il pas se précipiter, se montrer impatient. Autrement, il risquerait de ne pas voir les signes que Dieu avait mis sur sa route.

— C’est la première phase du travail, dit-il. Je dois séparer le soufre impur. Et, pour y parvenir, il faut que je ne craigne pas d’échouer. Ma crainte d’échouer est ce qui m’a empêché jusqu’ici de tenter le Grand Œuvre. C’est maintenant que je commence ce que j’aurais pu commencer il y a déjà dix ans. Mais je suis heureux de n’avoir pas attendu encore vingt ans.

— Si ce que tu as trouvé est fait de matière pure, cela ne pourrira jamais. Et tu pourras y revenir un jour. Si ce n’est qu’un instant de lumière, comme l’explosion d’une étoile, alors tu ne retrouveras rien à ton retour. Mais tu auras vu une explosion de lumière. Et cela seul aura déjà valu la peine d’être vécu.

— Il n’y a qu’une façon d’apprendre, répondit l’Alchimiste. C’est par l’action. Tout ce que tu avais besoin de savoir, c’est le voyage qui te l’a enseigné. Il ne manque qu’une seule chose. Le jeune homme voulut savoir ce que c’était, mais l’Alchimiste garda les yeux fixés sur l’horizon, guettant le retour du faucon. — Pourquoi vous nomme-t-on l’Alchimiste ? — Parce que je le suis. — Et qu’est-ce qui n’allait pas, pour les autres alchimistes, qui cherchaient l’or et qui ont échoué ? — Ils se contentaient de chercher l’or. Ils cherchaient le trésor de leur Légende Personnelle, sans désirer vivre la Légende elle-même.

— Dis-lui que la crainte de la souffrance est pire que la souffrance elle-même.

« Chaque homme sur terre a un trésor qui l’attend, lui dit son cœur. Nous, les cœurs, en parlons rarement, car les hommes ne veulent plus trouver ces trésors. Nous n’en parlons qu’aux petits enfants. Ensuite, nous laissons la vie se charger de conduire chacun vers son destin. Malheureusement, peu d’hommes suivent le chemin qui leur est tracé, et qui est le chemin de la Légende Personnelle et de la félicité. La plupart voient le monde comme quelque chose de menaçant et, pour cette raison même, le monde devient en effet une chose menaçante. Alors, nous, les cœurs, commençons à parler de plus en plus bas, mais nous ne nous taisons jamais. Et nous faisons des vœux pour que nos paroles ne soient pas entendues : nous ne voulons pas que les hommes souffrent pour n’avoir pas suivi la voie que nous leur avions indiquée.

Il n’y a qu’une chose qui puisse rendre un rêve impossible : c’est la peur d’échouer.

Ils nous montrent que, lorsque nous cherchons à être meilleurs que nous ne le sommes, tout devient meilleur aussi autour de nous.